Partager l'article ! L'or ou les médailles : réflexions sur le modèle français: Le sport a souvent été associ ...
Le sport a souvent été associé à l'image d'une société.
Depuis juin 2010 avec le désastre du mondial de football jusqu'à aujourd'hui avec les médailles d’or de l’athlétisme et de la natation, la société française a de donné un étrange spectacle au monde entier.
D'un coté on a pu voir un manque évident de travail, de la mauvaise volonté et des comportements anti-sportifs sans précédents (et n’insistons pas sur les affaires de proxénétisme et même de la pédophilie ! Valeurs sportives que Pierre de Coubertin avait totalement méconnues !) De l'autre, ce fut tout le contraire, on a accompli des prouesses en se préparant avec sérieux, courage et en ne reculant jamais devant l’effort.
D'un coté il y avait beaucoup d'or et la gloire des médias et de l'autre, simplement de la volonté et du travail, avec des moyens très limités. L’argent et les médias ne suffisent pas pour faire un champion. Cette leçon, beaucoup l’ont compris à travers ces trois mois. Mais, cette explication n’est-elle pas un peu courte ?
A travers cet exemple extraordinaire par sa force de démonstration, on a bien vu la fracture de la société française : entre ceux qui occupent les premières places du média show et de l'argent, sans rien apporter à la société et ceux qui se consacrent à leur travail loin des projecteurs et avec la volonté de créer et de réussir par leurs seuls mérites.
Mais cette fracture appelle une analyse en profondeur du malaise de la société française de ce début de 21ème siècle. On ne peut se contenter de dire, il y a toujours eu des profiteurs, c'est bien plus grave. A l’évidence, on constate une mauvaise répartition des ressources de notre pays. Capable d’investir des sommes colossales sur des projets mal préparés et sans « durabilité », il brise l’élan de ceux qui peuvent assurer son avenir et on voit ce mécanisme très pernicieux à l’œuvre non seulement dans le sport, mais bien sûr dans le monde de l’entreprise et des banques.
Il ne faut pas être un grand expert, pour comprendre très vite que le problème que nous rencontrons ici se pose au niveau de notre organisation sociale. Organisation qui ne peut conduire aujourd’hui, ce qu’à une époque, on a appelé « les bons choix ».
ORGANISATIONS ET GOUVERNANCE
Henri Mintzberg, qui fut un des conseillers du Président Kennedy, mais aussi et surtout un des grands experts des structures organisationnelles qui interagissent dans les sociétés industrielles occidentales, remarquait au début dans années 90 que le monde entier est fait d'organisations. Il dira, en exergue à son livre "On management", "nous naissons, vivons et mourrons dans des organisations".
Et c'est bien au niveau des organisations et de leur mode de fonctionnement que le problème se pose avec acuité dans notre cas.
Les organisations
Il retient sept types, ou configurations, d’organisation : la configuration entrepreneuriale, la configuration bureaucratique, la configuration professionnelle, la configuration divisionnelle, la configuration adhocratrique, la configuration missionnaire et la configuration politique (cas particulier et transitoire qui n’apparaît que dans les moments de crises graves).
Pour lui ces sept configurations permettent de classer les différentes organisations qui existent dans une société « organisée » et qui vont du « gang » aux entreprises, universités, associations, écoles, hôpitaux ou encore partis politiques etc.
On ne fera pas ici un cours sur les configurations de Mintzberg et ceux qui veulent en savoir plus peuvent se référer à son ouvrage fondamental « On Management » (traduit en français sous le titre « Le Management » ed. organisations). On retiendra toutefois que la plus la plus « bloquante » pour la créativité et la réactivité est la configuration bureaucratique et que la plus efficace est la configuration missionnaire qui regroupe autour d’une mission toute les bonnes volontés.
La bureaucratie mécaniste institue une déshumanisation des rapports humains
• Les individus sont traités comme des instruments au service de l’organisation.
• Absence d’autonomie des collaborateurs
• La Bureaucratie mécaniste ne reconnaît que les relations de pouvoir et elle conduit naturellement au conflit.
Kafka, et ce notamment dans Le château et Amerika, démontre bien ces mécanismes, donnant raison une fois de plus à Gunher Grass, lorsqu’il soutient que les écrivains et les artistes sont capables d’une vision bien plus profonde que « les politiques ».
C’est à peu près ce que l’on a vu dans le cadre de l’équipe de football française lors du mondial. On a comprit que la compétence, ou le goût de l’effort n’avaient pas de place dans les jeux souterrains de pouvoir qui se jouaient entre des administrateurs, des sélectionneurs, des financiers et très accessoirement une mission : celle de remporter une victoire.
Dans l’organisation missionnaire, c’est tout le contraire. Le but est la mission et chacun n’a d’autres motifs dans sa vie professionnelle, mais aussi personnelle, que d’aider à remplir cette mission. On ne compte plus son temps, ni sa peine, l’important est d’aboutir.
C’est un peu l’image que l’on retiendra des athlètes et nageurs français.
La gouvernance ou le pouvoir
Dans ces deux cas extrêmes, la gouvernance, c’est-à-dire, les moyens d’utiliser le pouvoir au sein d’une organisation, est très différente de l’une à l’autre.
Henry Mintzberg distingue quatre types de pouvoir selon leur rôle interne ou externe à l’organisation et suivant leur degré de collaboration avec les autres membres subordonnés de l’organisation.
-1) Le système d'autorité:
L'autorité correspond au pouvoir lié au poste hiérarchique ou à la fonction. C'est ce que l'auteur nomme le pouvoir formel ou officiel qui constitue une forme de pouvoir légitime.
-2) Le système d'idéologie:
Il s'agit du vecteur de ralliement dans la coalition interne. L'idéologie organisationnelle est un ensemble de croyances et de valeurs à propos de l'organisation auquel tous les membres de l'organisation adhèrent. Le système d’idéologie doit décourager les projets de fuite et encourager la loyauté.
-3) Le système de compétences spécialisées:
Il s'agit du pouvoir lié aux compétences spécialisées, celui des experts. Ils sont seuls à avoir accès aux moyens et aux ressources rares de l’organisation.
-4) Le système des politiques:
Le système des politiques est une lutte de pouvoir où chacun cherche à influer sur le comportement de l'organisation, afin de l'orienter dans le sens de ses intérêts.
On pourrait remarquer que l’approche de Mintzberg n’est pas unique, même si elle est sans doute la plus complète. D’autres travaux méritent d’être intégrés à une réflexion plus profonde sur les organisations et la gouvernance comme ceux sur l’environnement (Lawrence et Lorsh), la technologie (Woodward), la taille (Blau et le groupe d’Aston) ou encore la stratégie (Chandler avec notamment le concept de first mover). Mais dans l’approche que nous avons voulu suivre sur la crise sociétale française, la démarche de Mintzberg nous a semblé une composante majeure.
ORGANISATIONS ET SOCIETE FRANÇAISE
Il serait bien vain de penser que l’exemple que la France a donné récemment au monde dans le domaine sportif ne se limiterait qu’à ce dernier. Le véritable drame, c’est qu’il paraît être devenu celui de la société française dans son ensemble.
La bureaucratie doublée du système de pouvoir « autorité » conduit sur tous les terrains à des reculs ou à des échecs. Ici, c’est dans le cinéma, parce qu’une telle est la fille d’un tel…et peu importe que le film ne « marche pas ». Elle n’avait pas besoin d’avoir le moindre talent, seul, l’autorité de sa naissance prévaut. Là, c’est une nomination par des sphères mystérieuses (en règle générale le pouvoir politique) et celui qui est ainsi « élu » n’a plus à rendre compte de ses compétences.
Les aventures de la Société Générale ou encore de l’EDF donnent à penser que notre société perd peu à peu de vue les bases mêmes de son développement pour ne réagir qu’en fonction d’intérêts individuels ou de catégories sociales.
Les Arts et le monde économique ne sont pas les seuls touchés et de loin s’en faut. Le dernier classement mondial des Universités n’est pas particulièrement brillant pour notre système d’enseignement supérieur. On pourra trouver toutes les explications pour limiter ce classement, il n’en demeure pas moins que l’université française vit des moments très difficiles. Il n’est d’ailleurs que de citer un autre classement, celui réalisé par l’université d’Oxford pour s’en convaincre. Il ne s’agit pas de statuer ici les mérites des universités mondiales, mais simplement d’analyser l’aura des sites Internet de ces dernières. La France n’apparaît ici qu’en 195ème position sur 200 avec l’Université de Caen. En d’autres termes, cela signifie que les sites Internet de nos universités sont si peu explicites, si peu intéressants qu’ils sont très peu fréquentés par les chercheurs du monde entier. Pourquoi ? Qui s’occupe de ces sites ? Comment est-il possible qu’à l’heure de l’Internet, porte d’accès à tous les réseaux, la France n’y ait pas encore compris son intérêt !
On sait les drames des « start up » à la française, qui après avoir réussi (et ce n’est pas une mince affaire) à réunir les capitaux de leur lancement, se retrouvent au bout de 3 à 5 ans dans l’impossibilité de poursuivre leurs activités faute de financement adéquat. On sait aussi le drame du nombre des faillites qui ne font que croître depuis la crise de 2008 du fait de l’attitude « conservatrice » et « bureaucratique » des banques.
Lorsque l’on arrive à ce constat, il est toujours possible de fermer les yeux et de se dire que la conjoncture est mauvaise. Mais, n’est-il pas préférable de tenter de comprendre ce qui « bloque » et de faire tous les efforts nécessaires pour sortir d’une telle situation ?
La Chine et la Japon représentent désormais les premières puissances industrielles en termes de PIB. N’est-il donc pas plus que temps de se préoccuper d’un avenir qui ne peut plus, certes, être fondé sur l’hégémonie industrielle de la France, mais au moins sur sa capacité à conserver une place dans le concert international digne de son passé et un rôle moteur dans la construction européenne ?
Le problème des structures qui briment la créativité, l’inventivité est sans doute un des plus complexes à résoudre. Mais, on ne peut oublier l’avertissement de P.Drucker lorsqu’il écrivait : S’il est difficile de déterminer le poids de la structure dans de bons résultats, en revanche il est possible de conclure qu’une structure inadaptée entraîne de mauvaises performances.
Jean Michel Béhar
Bibliographie
Structure et Dynamique des Organisations (1982)
Le Pouvoir dans les Organisations (1986)
Le Management (1990)
Editions d'Organisation, Ed. Agence d'Arc. Paris,
Montréal
| Mai 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||