Partager l'article ! Affaire Bettencourt : des écoutes illégales qui condamnent: L'affaire Bettencourt a pris des proportions qui rappelle par certains cotés la c ...
L'affaire Bettencourt a pris des proportions qui rappelle par certains cotés la célèbre affaire Dreyfus, à ceci près que le rôle de la presse, n'est plus dans le sens de la décharge, mais de la charge. Toutefois, comme dans l’affaire Dreyfus, les opinions s’enflamment rapidement et on a l’impression que l’on n’est pas loin dans certaines réunions du célèbre dessin de Caran d’Ache.
Dans cette affaire deux optiques nous paraissent d'importance : le point de vue judiciaire et au-delà, le point de vue sociétale.
Plan judiciaire
On peut rester étonner de l'importance que peuvent prendre des "écoutes clandestines" et parfaitement illégales. On se souvient du tollé qu'avaient provoqué les "écoutes de l'Elysée" pendant le septennat de François Mitterrand. Ces écoutes étaient bien sûr inadmissibles, mais elles avaient quand même été confiées à des services officiels, qui, s'ils outrepassaient leurs compétences, pouvaient encore exciper d'une certaine confidentialité et d’une certaine déontologie...
Dans le cas de l'affaire Bettencourt, il s'agit de tout autre chose. Les écoutes, à l’origine de toute l’affaire, ont été réalisées par des personnes non autorisées et sans aucune compétence judicaire.
On passera sur le problème que pose la véracité de ces écoutes. A l'heure d'aujourd'hui des ordinateurs grand public (à des prix relativement modestes de 500 à 1000 euros) permettent avec des logiciels d'édition audio, photo et même vidéo (dont certains d'une grande efficacité sont gratuits !) de faire des prouesses. Dans le domaine photo notamment, les possibilités de montage, même pour des non experts, laisseraient rêveurs les "pros" du trucage des années sombres du stalinisme ou encore ceux qui falsifièrent la fameuse photo de Lee Oswald avec son "fusil"...
Dans le champ de l'audio, les possibilités sont devenues presque infinies. Il suffit de recomposer le profil d'une voix enregistrée dans les circonstances les plus banales pour lui faire dire par la suite des choses "gravissimes".
Nous soulignons cette situation scabreuse, car elle est au centre de ce que l'on peut appeler des écoutes sauvages. Dans le cas d'espèce, nous savons que les écoutes "illégales" ne sont contestées par personne ! Le grand avocat Mtre Kiejman ( qui fut l'avocat de M.Polanski ou encore du Chef de l'Etat...et qui semble être le seul avocat en France) n'a pas pris la peine de relever ce point.
La partie la plus grave, vient en fait que de tels enregistrements peuvent valoir, avant toute décision de justice, et valeur de preuve et valeur de condamnation.
On sait que beaucoup sont attachés à l'idée que la France est un Etat de droit...mais chose curieuse, lorsque ce droit les importune, ils l'oublient bien vite et passe outre. La chose devient d'ailleurs très commune même dans des affaires banales où certains huissiers n'attendent plus les décisions d'un Tribunal pour "exécuter" ce qui leur semblent être les droits de leurs clients. Le syndrome "Dexter" importé des USA ?
Désormais, on peut se dire qu'aucune personnalité un tant soit peu médiatique n'est plus à l'abris de voir son nom traîné dans la boue pour peu qu'un concierge (qui n'a pas eu ses étrennes ?), qu'un voisin (qui n'aime pas le bruit ?) se décide à faire un enregistrement (totalement illégal) et diffuse cet enregistrement (truqué ou non) dans les médias.
La condamnation venant avant toute saisine de la justice, le vengeance du "corbeau" aura porté ses fruits, quelque puissent être par la suite les explications ou les défenses présentées.
Cet aspect de l'affaire est donc pour nous d'une gravité sans précédent et il n'est pas sûr qu'en suivant cette piste d’aucuns se sont bien rendu compte qu’ils venaient d’ouvrir une sulfureuse "boîte de pandore".
Plan sociétal et économique
Mais, il y a un autre aspect, sans doute encore plus grave et qui touche à l'essence même du modèle sociétal français.
De tout temps, il y a eu des personnes fortunées et de tout temps ces personnes ont aimé à dépenser avec emphase leur argent pour démontrer soit leur puissance, soit simplement leur richesses. On se souvient aussi de quelques cas aux conséquences douloureuses (Le château de Vaux le Vicomte pour Nicolas Fouquet, ou encore l’affaire du collier et du sel, afin d’imiter la neige, pour une certaine reine..)
Dans le cas de la plus importante fortune de France, nous ne sommes pourtant pas tout à fait dans ce cas de figure, car l'argent de Mme Bettencourt vient d'une grande entreprise.
Certes chaque actionnaire est "libre" (n’est-ce pas la quintessence du système libéral) de faire ce que bon lui semble de ses dividendes, mais il est quand même assez dérangeant que l'argent provenant d'un très grand groupe industriel français puisse ainsi être "dilapidé" sans profiter ni à l'entreprise, ni à la société française en général
En fait, ici, ce sont les montants en jeu qui dérangent. Comme le dit un ancien proverbe chinois : "c'est la dose qui fait le poison !"
Beaucoup de patrons de PME dans le secteur de la distribution savent combien il en coûte d'être en retard sur ses échéances avec le groupe l'Oréal.
Beaucoup de patrons de PMI savent combien sont durs les acheteurs du groupe l'Oréal qui ne laissent pas passer un centime de trop sur un prix de revient. Objectif naturel du culte de la « bottom line », même si cela n'empêche pas l'entreprise de suivre des stratégies innovantes et performantes.
On reste toutefois perplexe sur le milliard d'euros "envolé" (car si la presse est très diserte sur M.Worth et les 7500 euros qu'il aurait reçus, elle ne mentionne guère ce à quoi M. Banier a bien pu utiliser ce milliard...).
On ose à peine faire un petit calcul : sur la base d'un salaire de 1800 euros par mois (petit salaire, charges sociales comprises), on aboutit à plus de 46 000 emplois pendant 1 an !
Que doit-on comprendre d'une structure sociale qui peut conduire à détourner de son système productif 46 000 emplois ? Rappelons également que les grands groupes industriels sont fragiles, comme le disait un des responsables de l’Air Liquide, et il n’est pas sûr que cette affaire n’affaiblissent pas justement un des groupes qui fait partie des fleurons des entreprises françaises.
Le modèle social et économique français trouve-t-il son accomplissement dans ce jusqu'au boutisme ?
La question se pose désormais avec une certaine insistance dans un moment où beaucoup de nos concitoyens connaissent une vie très dure, très âpre, où l'espoir semble suspendu à quelques voeux pieux. On pourrait penser que l'appel à une certaine solidarité dans cette période de crise doit être d'abord concerner ceux qui sont peu ou prou en charge de cette communauté du fait des positions favorables qu'ils y occupent.
Faut-il repenser à la 3eme voie que le Général de Gaulle évoquait juste avant les événements qui devaient le conduire à quitter le pouvoir ?
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